Syndrome de Wiskott-Aldrich : enfin un traitement ?

Anne GALY est directrice de l’unité INSERM UMRS 951* qui a publié le 21 avril 2015 dans la prestigieuse revue américaine JAMA (Journal of the American Medical Association) les résultats préliminaires de ses essais thérapeutiques menés dans le cadre du traitement du syndrome de Wiskott-Aldrich. Issus des travaux réalisés à Généthon à Evry, ils ont été conduits sur sept patients, à l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris ainsi qu’au Great Ormond Street Hospital de Londres.

Elle répond à nos questions.

Qu’est-ce que le syndrome de Wiskott-Aldrich ?

Le syndrome de Wiskott-Aldrich est une maladie génétique très rare, qui concerne environ deux naissances par an en France. Comme toutes les maladies liées au chromosome X, elle ne se développe que chez les garçons. Elle touche toutes les cellules sanguines et se traduit par de l’eczéma, des infections et, plus grave encore, des saignements à répétition. Son traitement nécessite une greffe de moelle, pour remplacer ces cellules atteintes par des cellules normales. Malheureusement, certains patients ne trouvent pas de donneur compatible. Pour eux donc, pas de traitement disponible. C’est partant de ce constat que mes collaborateurs et moi-même avons eu l’idée de chercher un moyen de guérir ces patients par la thérapie génique.

Quels procédés de thérapie génique avez-vous utilisés ?

Nous appliquons des procédés de thérapie génique visant les cellules hématopoïétiques. Cela consiste en premier lieu à prélever les cellules souches sanguines des patients, directement dans leur moelle osseuse ou bien après avoir fait migrer ces cellules souches vers le sang périphérique des patients grâce à un traitement spécifique. Nous intégrons ensuite en laboratoire le gène thérapeutique que nous avons identifié et reproduit grâce à notre connaissance de la séquence du génome humain. Puis nous le conduisons dans ces cellules grâce à des virus désarmés, qui tiennent le rôle de transporteurs. Cela permet aux cellules atteintes de recréer la protéine qui leur fait défaut pour fonctionner correctement.

Quels ont été les résultats de ces essais thérapeutiques ?

Grâce aux vecteurs produits à Généthon, nous avons pu traiter par ces essais cliniques sept patients, dont six d’entre eux ont montré des résultats cliniques très encourageants sur la durée. L’efficacité thérapeutique de l’approche de thérapie génique a permis de diminuer le nombre d’infections chez ces enfants et adolescents, d’éradiquer leurs problèmes d’eczéma, mais également d’améliorer leurs problèmes de saignements, de sorte qu’ils n’aient plus besoin de transfusions plaquettaires. Malheureusement, un de nos patients, qui avait intégré l’essai clinique dans un état grave, a perdu la vie avant la fin de l’essai. Les autres enfants ont bien toléré le traitement et se portent très bien sur des périodes d’observation allant de 1 à 4 ans maintenant. Ces résultats très encourageants sont porteurs d’espoir pour ces maladies autrement incurables.

* affiliée à l’UEVE, l’INSERM et l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et Généthon.

Consultez l’intégralité de la publication « Outcomes Following Gene Therapy in Patients with Severe Wiskott-Aldrich », JAMA, 21 avril 2015


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