Quelle place pour les femmes dans la recherche universitaire ?

Chargée de mission pour la parité hommes-femmes et Maîtresse de Conférences HDR en Sociologie filmique, Réjane Vallée nous livre ses observations, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars.

Comment expliquer que le nombre de femmes diminue à mesure que la qualification augmente ?

Ce phénomène dit du « plafond de verre » se retrouve dans toutes les sphères de la société française. Il provient en grande partie de stéréotypes découlant d’une éducation qui pousse les femmes à s’investir dans la sphère privée, et parfois à s’autocensurer, tandis que les hommes se tournent « naturellement »  vers les fonctions plus hautes et valorisées. Le manque de prise en compte du congé maternité dans les différentes évaluations des enseignantes chercheuses fait perdurer ces inégalités, et explique une part des écarts de rémunération.

 

Peut-on constater ces dernières années une meilleure reconnaissance et visibilité des femmes chercheures au niveau international ?

A peine 3% des prix Nobel scientifiques ont été obtenus par des femmes. Marie Curie a failli voir son premier prix Nobel (de Physique, en 1903) décerné à son seul mari*, et la médaille Fields, haute distinction en Mathématiques créée en 1936, n’a récompensé qu’une seule femme, en 2014.

Toutefois, en 20 ans, le nombre de Professeures des Universités est passé en moyenne nationale de 14% en 1992 à 24% en 2012. Un signe que les choses avancent, même si elles prennent beaucoup de temps. Car à ce rythme, la parité chez les Professeurs ne sera atteinte qu’en 2068.

 

Vous êtes chargée de mission parité à l’UEVE depuis un an ; quelle situation constatez-vous ?

A l’Université d’Evry, les chiffres sont assez paradoxaux, bien qu’en accord global avec le « plafond de verre* » : les laboratoires de recherche évryens sont dirigés à 25% par des femmes, mais aucune Professeure n’exerce actuellement dans l’UFR de Sciences Humaines et Sociales, tandis qu’elles sont deux fois plus nombreuses que la moyenne nationale dans les sciences du vivant, fondamentales et technologiques (autour de 38%).

 

Vous vous présentez comme Maîtresse de Conférences ; la reconnaissance passe-t-elle aussi par la féminisation des fonctions ?

Comme on ne parlerait pas « d’un Maîtresse d’école », il est tout aussi étonnant de parler « d’une Maître de Conférences ». Cela peut sembler anecdotique, mais c’est un symbole fort. « Maître » n’est pas un terme générique ou neutre, mais bien masculin.

 

* Partagé avec Henri Becquerel

** A Evry, 45% de femmes MCF, 28% chez les PU contre une moyenne nationale de 43% MCF et 24 % MCF.

Réjane Vallée a récemment été reconduite dans ses fonctions. Son objectif consiste donc à présent à présenter des propositions pour inverser cette tendance.


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